Temps aux brisures d’enfance troisième partie,

L’enfant et l’adulte

À mon réveil, je suis aux soins intensifs. Une légère douleur persiste au niveau de mon membre inférieur droit. Je sais déjà que ma jambe a été amputée. Étrangement, cela ne me dérange pas. J’ai encore en mémoire chaque détail de l’accident, mais dans ma tête, c’est derrière moi. Émotionnellement, je ne ressens aucune tristesse. Je suis déjà en mode guérison.

Voilà une des grandes différences entre un enfant et un adulte : je ne me projette pas dans l’avenir, je n’anticipe rien. Je n’ai pas peur de ce qui s’en vient. Même la perte de ma jambe me semble abstraite.

Mais quelque chose me chicote. En face de moi, allongé dans un autre lit, se trouve le jeune homme qui m’a percuté. Je le reconnais instinctivement, sans qu’on ait à me le dire. Il est dans un état critique. Son visage est marqué, des tiges de métal sortent de ses joues, ce qui m’effraie un peu. Quand mes parents arrivent, je leur demande de faire déplacer mon lit pour ne plus le voir. J’ai peur qu’il soit fâché contre moi.

C’est ma toute première fois dans un hôpital. L’unité des soins intensifs est froide, sombre, mécanique. Les bruits des appareils, les respirations rauques, les gémissements… c’est angoissant, même pour un adulte. Et moi, j’ai 10 ans.

C’était un accident malheureux. Un enfant qui traverse la rue en courant, une moto qui passe au même moment… Une fatalité. Un jour, je vous raconterai la fois où j’ai revu cet homme. Ce fut une rencontre marquante, profondément humaine, qui a permis à chacun de nous de grandir.

Deux ou trois jours plus tard, on me transfère à l’étage dans une chambre régulière. J’en suis soulagé. Mes douleurs sont désormais tolérables, les soins sont excellents. J’apprends que d’autres opérations m’attendent, notamment des greffes. Mais on ne m’en parle pas vraiment. Je vis au jour le jour. Étonnamment, malgré les circonstances, je suis heureux. J’ai retrouvé le petit gars que j’étais avant l’impact.

Ma chambre se transforme rapidement en véritable magasin de jouets. Les infirmiers venaient parfois emprunter mes autos télécommandées pour s’amuser dans les corridors tard le soir. Je faisais semblant de dormir et les taquinais ensuite. J’étais vif, taquin, énergique. Je m’amusais même à soulever le drap pour dire : « Regardez, il me manque une jambe ! » Les visiteurs, venus pour me consoler, restaient bouche bée. J’aimais provoquer ce moment de surprise : ça cassait la glace, éliminait le malaise, et surtout, je voulais éviter qu’on me regarde avec pitié.

Pourquoi cette mise en scène ? Parce que je ne supportais pas de sentir les gens tourner autour du pot. Je préférais les confronter à la réalité d’entrée de jeu. Une stratégie instinctive, mais efficace. Enfant, on agit avec pureté, sans calcul.

Mais bientôt, une ombre allait se poser sur cet équilibre précaire.

Je commençais à percevoir une inquiétude que je n’avais pas ressentie jusqu’alors. En écoutant les conversations des adultes autour de moi, je compris peu à peu que ma situation était plus grave que je le croyais. Leur ton, leurs regards, tout me disait que mon avenir les préoccupait. Et moi, j’étais là, dans mon lit ou dans mon fauteuil, à les observer silencieusement.

Puis un soir, quelque chose d’inoubliable s’est produit.

Comme chaque nuit, après les heures de visite, on m’a donné un calmant pour dormir. L’infirmier a fermé les lumières et quitté la pièce. Mais quelques minutes plus tard, la porte s’est rouverte. C’était ma mère.

La chambre était sombre. Elle s’est approchée doucement de mon lit, croyant que je dormais. Elle a remonté le mécanisme de mon petit koala en peluche, et là, elle s’est mise à pleurer.

Je l’observais discrètement, les yeux à peine entrouverts.

Je ne comprenais pas pourquoi elle était si triste. Je me suis même demandé si j’avais fait quelque chose de mal pour qu’elle pleure ainsi. Ce moment m’a bouleversé. Je ne l’ai jamais oublié. Il m’a fait comprendre, sans qu’on me le dise, que ma situation était sérieuse.

À partir de ce jour, quelque chose a changé en moi. J’ai été transformé.

Avec le recul de plus de 35 ans, je réalise que cette transformation était inévitable. Même si c’était un accident, ce que j’ai vu ce soir-là a marqué un tournant. C’est à ce moment que j’ai compris que la souffrance ne touchait pas que moi. Qu’elle envahissait aussi ceux que j’aimais.

Je suis convaincu aujourd’hui qu’il est essentiel d’informer un enfant de sa propre réalité. Pas tout, pas n’importe comment. Mais avec franchise. C’est notre devoir. On ne peut pas faire grandir un enfant dans l’ombre du silence. Un jour ou l’autre, il devra affronter l’adversité, et c’est à nous de l’y préparer.

À l’époque, on pansait les plaies physiques, mais pas les blessures psychologiques. L’accompagnement psychologique n’était pas encore une priorité. Heureusement, les choses ont changé, même s’il reste encore du chemin à faire.

D’ailleurs, ce n’est que récemment que ma mère a su que je l’avais vue, ce soir-là, pleurer à mon chevet.

Aujourd’hui, je crois qu’un suivi est essentiel pour toute famille confrontée à un drame. Il faut soutenir l’enfant, mais aussi savoir doser ce qu’on lui dit, pour qu’il puisse développer ses propres outils. Il faut lui laisser de l’espace, tout en étant là, comme un phare dans la nuit.

N’hésitez pas à m’écrire en privé si vous préférez, à alainayers@hotmail.com

Temps aux brisures d’enfance deuxième partie,

Incident dans le temps…

J’aimerais vous inviter dans mon intimité. Le bout de chemin que nous ferons ensemble ici est senti, réfléchi. Je vous livre mon histoire avec amour, pour que vous puissiez ressentir mes ombres comme mes lumières. En cette journée d’avril 1981, une fracture s’est produite dans le temps. J’entrais dans ma première grande épreuve initiatique — violente, brutale. Une période de grisaille qui allait transformer à jamais le petit garçon que j’étais. Voici le récit tragique d’une série de tribulations.

J’ai 10 ans. Nous sommes le 23 avril 1981. Il est 11 h 30. La cloche de l’école vient de sonner, je suis en route pour aller dîner à la maison. Le temps est doux, c’est le printemps. Il y a une certaine électricité dans l’air. Moi et mes amis aimons jouer à la tague — vous connaissez ? — en allant et revenant de l’école.

J’étais loin d’imaginer que ma vie allait basculer.

Il est 11 h 40. Nous sommes à cinq minutes de la maison… à trente secondes de l’impact. Un ami me donne la tague. Je traverse la rue. Je jette un coup d’œil rapide. J’entends des crissements de pneus. Et je sais. D’instinct, je sens que ma vie est en danger. Tout se passe en une fraction de seconde.

Je cours de toutes mes forces. Ma jambe gauche propulse mon corps, tandis que la droite reste à l’arrière. À cet instant précis, une moto percute ma jambe droite, la coinçant entre la roue et la fourche. La moto dérape. Mon corps est projeté dans les airs, virevoltant deux ou trois fois — selon les témoins — avant de heurter le sol avec fracas.

Je suis parcouru par un courant électrique foudroyant. Une douleur atroce me paralyse. Je suis à l’agonie.

Je tente de lever la tête, de me redresser, et mes yeux croisent ceux de mon ami. Il me regarde, figé, le visage déformé par l’horreur. Il crie, j’en suis certain, mais je n’entends rien. Le son est coupé, comme dans un film au ralenti. En baissant les yeux, je vois ma jambe étirée anormalement, presque deux fois sa longueur. Mes chaussures ont disparu. Il y a du sang. Beaucoup de sang.

Une brûlure me déchire, si intense que j’ai la sensation que ma jambe est littéralement en feu, comme si elle fusionnait avec l’asphalte. Le sang et la chair jaillissent à travers mon pantalon et mes chaussettes. Je comprends que c’est grave. Très grave.

Le son revient peu à peu. J’essaie de parler, mais ma voix est lente, ralentie, comme étouffée par la douleur. J’arrive à demander de l’aide.

Un homme arrive à mes côtés — c’est le facteur. Il glisse son sac de courrier sous ma tête pour me soutenir. Un autre homme, un résident du quartier, vient à son tour m’aider et m’empêche de regarder ma jambe. Tout autour, les gens s’attroupent. Un autobus scolaire s’arrête. Des visages. Du monde. Je me sens étouffé.

Les ambulanciers arrivent enfin. Ils transportent une plaque de métal d’un mètre, sur laquelle ils déposeront ma jambe. Ils soulèvent ensuite l’ensemble pour m’installer sur la civière. Ma jambe ne tient plus que par un lambeau de peau. La douleur est telle que je hurle, incapable de me contenir. Je perds la notion du temps… sans jamais perdre conscience.

Dans l’ambulance, je parle avec les ambulanciers. Oui, malgré la souffrance. J’avais besoin de parler. Ça me rassurait. Je leur posais des questions sur les équipements autour de moi — comme pour détourner mon attention. C’est fou, hein ?

Rendu à l’urgence, on m’installe seul dans une salle. Par une petite fenêtre dans la porte, je vois les gens passer. Mon frère regarde à l’intérieur. Son visage se crispe. Il a vu. Puis une infirmière entre, ciseaux en main. Elle doit couper mes vêtements pour accéder à ma jambe. Je la supplie de me donner quelque chose pour soulager la douleur. C’est un cri de détresse. Ce n’est plus une simple demande. La souffrance est inhumaine, comme si elle venait directement de l’enfer. Elle m’injecte un calmant. Je m’endors.

À mon réveil…

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Temps aux brisures d’enfance,

Première partie

Il y a plus de 40 ans, j’ai été victime d’un grave accident. J’avais 10 ans. Ce jour-là, j’ai perdu ma jambe droite sous le genou. À la suite de ce traumatisme, j’ai été plongé dans un univers d’hôpitaux, de chirurgies, de rechutes et de longues périodes de réadaptation. Chaque épisode était accompagné d’une équipe interdisciplinaire : ergothérapeutes, physiothérapeutes, travailleurs sociaux, psychologues, prothésistes, infirmiers, médecins. Tous se réunissaient régulièrement avec un objectif commun : me redonner un minimum d’autonomie dans un délai « raisonnable ».

Je dis bien raisonnable… mais dans mon cas, le respect de mes limites n’était pas vraiment à l’ordre du jour. Ces années-là ont été marquées par des efforts constants, parfois au détriment de mon bien-être.

Même avec une grande équipe autour, il est facile de passer à côté d’éléments fondamentaux dans le cheminement d’un enfant. Mes parents ont fait ce qu’ils ont pu, avec ce qu’ils savaient. Ils étaient eux-mêmes submergés. Leur enfant venait de perdre un membre… ce n’est pas anodin. Et malgré la douleur, la vie devait continuer. Il fallait travailler, s’occuper des autres enfants à la maison, faire rouler le quotidien. Cet événement fut un véritable choc pour notre famille. Il faut comprendre que l’épreuve fracture le temps : elle interrompt l’ordre établi, redéfinit les priorités. Et à partir de là, deux chemins s’offrent à nous : se briser, ou se transformer. J’ai toujours cru qu’on a le choix.

Quelques années après mon accident, je me suis impliqué dans l’organisme Les Amputés de guerre du Canada. Je participais à des entrevues avec les médias pour démontrer qu’il était possible de s’en sortir, malgré tout. Leur mission est essentielle : grâce à eux, j’ai pu obtenir les meilleures prothèses disponibles. L’organisme permet aux jeunes amputés de pratiquer des sports ou d’avoir accès à de l’équipement spécialisé. Leur nom n’a plus vraiment de lien avec les anciens combattants : ils existent aujourd’hui essentiellement pour aider les jeunes amputés canadiens.

C’est grâce à vos dons — et notamment à l’achat de ces petits porte-clés — que ce soutien est possible.

Je me souviens très bien de ma première prothèse spécialisée. Elle valait 6000 $. Dans mon cas, c’est la SAAQ qui prenait en charge ce genre de frais, en dernier recours. Le processus est simple : d’abord, on fait la demande à la RAMQ. Si elle est refusée, on se tourne vers la SAAQ. Si eux aussi déclinent, alors Les Amputés de guerre du Canada prennent la relève. En somme, nos gouvernements couvrent les besoins de base, mais pour ce qui est vraiment adapté… il faut souvent regarder ailleurs. C’est encore plus injuste pour les enfants nés avec un handicap.

Dans mon cas, cette prothèse était en fibre de carbone : plus légère, plus flexible, elle protégeait mon dos lors des activités sportives. Je me souviens avoir attendu l’appel d’autorisation comme on attend la réponse d’une banque pour un prêt auto. C’est fou, les priorités, parfois…

Grâce à cette jambe, j’ai pu pratiquer le karaté — mon sport favori. Mon engagement auprès des Amputés de guerre du Canada a attiré l’attention des journalistes. Je devenais, malgré moi, un exemple. J’accordais des entrevues à la télé et dans les journaux. À cette époque, mon frère possédait une école d’arts martiaux, où je donnais des cours chaque semaine. Je rêvais même d’avoir ma propre école adaptée, pour les gens vivant avec un handicap. Ce projet ne s’est jamais concrétisé… le temps et la vie m’ont mené ailleurs.

Mes parents ont eu trois garçons. Je suis le cadet. À la maison, c’était toujours vivant. Nous habitions chez ma grand-mère, dans une maison de chambres. Le commerce de mes parents se trouvait au sous-sol. Ça bougeait, comme dans bien des foyers.

Malgré les turbulences, c’était un milieu rempli d’amour. Autour de 1975, mes parents ont acheté un chalet sur la Rive-Sud de Québec, à Lévis. À la fin des années 70, ils ont transformé ce chalet en maison, et nous y avons emménagé avec ma grand-mère. La musique occupait une grande place dans notre quotidien. Mon père est multi-instrumentiste… vous imaginez la magie de nos soirées.

Avant l’accident, j’étais un enfant curieux, joyeux, attiré par les adultes, amoureux de la vie. Pourtant, avec le recul, je me sentais différent. Pas mieux, pas pire. Juste… différent. Fragile, émotif. Profondément touché par les injustices, même mondiales. Je crois que c’était déjà, sans le savoir, mon côté artistique qui pointait.

Un enfant vit dans l’instant. Son bagage est petit, mais précieux : ses souvenirs, ses émotions, ses ressentis. Il faut lui parler vrai. On sous-estime trop souvent leur capacité de compréhension. Les enfants n’ont pas besoin de nos peurs ou de nos inquiétudes : ils ont déjà assez à gérer. Même dans l’adversité, ils restent dans le moment présent. Leur avenir se bâtit un jour à la fois.

Il est de notre responsabilité d’être justes dans nos paroles. Aujourd’hui, je ne crois plus qu’on puisse dire à un enfant qu’il pourra faire tout ce qu’il veut dans la vie. Ce serait nier les limites, les forces, les faiblesses propres à chacun. On peut l’accompagner, l’aider à découvrir ce qui l’anime, mais en respectant sa réalité, son rythme.

Dans la suite de mon histoire, je vous raconterai en détail l’accident. Et j’aborderai un thème central dans mon parcours : le respect de ses limites.

C’est peut-être la leçon la plus importante que j’ai apprise… et ce, récemment.

N’hésitez pas à m’écrire en privé si vous préférez, à alainayers@hotmail.com

Mon libérateur

Mon fleuve

Je vous propose ici une suite qui délivre du tourment.

L’enfant blessé, affligé par l’adulte, s’est accroché à ce qu’il pouvait au cœur de la tourmente. Et c’est la nature qui est devenue sa bouée. Il s’est blotti dans ses bras, elle l’a bercé, écouté. Il lui a tout confié : ses peurs, ses craintes, ses tortures, ses infortunes.
Elle l’a apaisé, vague après vague, jusqu’à laver doucement ses épreuves.


Nous sommes en juillet. Il est 9 h du matin. Je sors du lit, j’ouvre les rideaux…
Il fait beau aujourd’hui. Mon cœur est sensible, un peu méditatif. Je ressens l’urgence de retrouver mon confesseur de vie.

Rien ne m’apaise autant que lui. Sa fraîcheur, sa beauté, sa présence constante.
Entre lui et moi, il y a une communion intense. Alors, sans tarder, je me mets en route.


Je m’appuie sur mes béquilles, je marche vers lui. Le soleil frappe déjà mes yeux de ses rayons brûlants. Il réchauffe mes bras en quelques secondes. Le vent est discret, tout est calme. Et moi aussi.

Les oiseaux chantent. Leurs mélodies m’enveloppent. Savez-vous que le chant des oiseaux harmonise notre énergie, comme un accordeur le ferait pour un instrument ?
Merveilleux, n’est-ce pas ?


Et puis, je l’aperçois.

Lui.
Le fleuve Saint-Laurent.

Je m’en approche. Comme chaque fois, je me sens plus serein, plus fort.
Je retire mes béquilles pour descendre doucement la pente rocailleuse. Dix pieds de pierres me séparent encore de lui. Je m’y engage à genoux, prudemment.

En bas, je reprends mes appuis et je vais à sa rencontre. Il est là. Fidèle. Grandiose.
Je m’assois à ses pieds et je lui confie le mien.


Cette rencontre était presque quotidienne. Je sentais ce besoin viscéral de libérer mes mauvaises énergies. Un geste instinctif, peut-être guidé par l’enfant blessé en moi.

Ce fleuve — ce majestueux Saint-Laurent, l’un des plus vastes du monde —
était devenu mon libérateur.


Malgré mes tempêtes, il a toujours compris mes peurs. Il m’a consolé avec le clapotis de ses vagues. Son eau, fraîche sur mon petit pied d’enfant, était comme une main tendue.

À marée haute, je lui racontais mes douleurs. Et à marée basse, il les emportait.

Il connaît des choses que personne ne saura jamais. Des confidences d’enfance murmurées au fil de l’eau. Et je l’aime pour ça.

Un jour, j’irai me rasseoir auprès de lui,
et je lui dirai simplement :

« Merci. »

Merci pour ma guérison.
Merci pour cet état d’âme apaisé que je porte aujourd’hui.


Le rythme de ses vagues battait à l’unisson avec mon cœur. Il avait connu des tempêtes, lui aussi. Et pourtant, il s’était relevé, encore et encore.

C’est ce qui m’a permis de lui faire confiance. Nous étions, d’une certaine façon, sur la même fréquence.


Lorsqu’un souvenir déclenche une émotion puissante, il est bon de s’interroger.
Pourquoi cette frénésie, cette charge ? Si on ne l’apaise pas, le temps risque d’alourdir nos mémoires.

Mais vivre au jour le jour,
c’est alléger ce poids, c’est pacifier le passé.


Une des grandes forces de l’être humain, c’est la résilience.
Le lâcher-prise.

Il est essentiel de reconnaître ce lien invisible, mais profond, qui nous unit à nos expériences. C’est pourquoi il faut parler. Partager. Sans peur d’être jugé.


Dans la vie, il faut savoir dénouer les nœuds.
Ceux qui enferment la douleur, qui bloquent l’énergie.

Et pour ça, il faut s’écouter. S’autoriser le pardon. Se reconnaître. Se libérer.


Je crois que chacun de nous a un fleuve en soi.
Un lieu, une présence, un repère qui nous a aidés à nous relever.
Il peut prendre bien des formes.
Mais il existe.

Et vous, dites-moi… Quel a été le vôtre ?

Le raffinement

Le raffinement : une denrée rare dans le monde d’aujourd’hui

Le temps file.
On court. On tente de tout concilier — travail, famille, obligations. Et à force de courir, on finit par couper les coins ronds. On perd en finesse. On se néglige. On oublie ceux qui nous entourent.

Pas par méchanceté, ni par manque d’amour. Mais parce qu’on s’égare. Petite fissure après petite fissure. On s’engloutit sous les tonnes de responsabilités, et peu à peu, le raffinement s’efface.


Et pourtant…

Le raffinement, le vrai, ce n’est pas un luxe,
c’est une forme de respect.

Un respect de soi.
Un respect des autres.
Un art de vivre.


Prendre soin de soi, c’est un premier pas vers ce raffinement. Se coiffer, se raser, s’habiller avec attention. Bien manger. Bouger. Dormir. Respirer.

Ce sont là des gestes simples, mais puissants. Des raffinements physiques et matériels qui nourrissent aussi l’estime de soi.

Mais il y a plus important encore…


Les raffinements les plus précieux sont intérieurs.

Soigner son langage. Respecter les gens autour de soi avec délicatesse. Éviter les jugements à l’emporte-pièce. Résister à la facilité de répéter des inepties.

Aujourd’hui, avec Internet, les fausses croyances circulent à la vitesse de la lumière.
Et il est si facile de tomber dans le piège… De parler sans réfléchir. De diffuser sans vérifier.

Mais le raffinement, c’est de penser avant de parler. C’est de choisir ses mots,
de cultiver la nuance, d’agir avec classe… même dans les désaccords.


Raffiner son être, c’est aussi apprendre à se connaître, à reconnaître ses travers,
à les apprivoiser pour ne pas les répéter.

C’est oser dire :

« Là, je me suis trompé. »
« J’ai été maladroit. »
« Je peux faire mieux. »

Ce n’est pas une faiblesse.
C’est une preuve d’évolution.


Et dans les moments de maladie, de fatigue, d’épreuve, le raffinement peut sembler loin.
Secondaire. Superflu, même.

Mais en réalité, c’est souvent par lui que la guérison commence.

Parce qu’il fait du bien à l’esprit. Parce qu’il restaure la dignité. Parce qu’il ravive la lumière.

Mettre un peu d’ordre dans le chaos, c’est déjà se redonner un peu de pouvoir.


Pour ma part, malgré la vie qui va vite, j’essaie de garder en tête ce besoin de soigner mes actions. C’est comme faire le ménage à l’intérieur de ce que j’entreprends.

Ce n’est pas être parfait. C’est simplement faire de son mieux. Avec cœur. Avec conscience. Avec goût.


Le raffinement, ce n’est pas de briller. C’est de rayonner doucement,
sans écraser. C’est de marcher dans la vie avec intention.

Et c’est, peut-être, ce qui nous manque le plus aujourd’hui.

Il y a un an, un très grand ami m’a quitté…

À mon grand ami Dan

Il y a déjà un an, je suis tombé sur une publication qui m’a secoué.
Celle de la fille d’un grand ami. Elle écrivait simplement :

« 30 octobre… Mon cœur pleure, car une partie de mon cœur vient de s’éteindre. Mon papa nous a quittés… »

Ça m’a frappé comme une tonne de briques. J’ai su, immédiatement, que je venais de perdre mon grand ami Dan. Un vrai choc. On venait de se parler quelques jours plus tôt.
Je venais d’écrire un texte sur l’automne, et il m’avait dit :

« Pour moi, cette saison, c’est de la poésie. Et ta façon de l’évoquer en est une. »
Ce furent, sans le savoir, ses derniers mots pour moi.


J’ai pleuré ce complice. Longtemps. Il m’a laissé un vide immense.
Nous partagions les mêmes élans, les mêmes passions.

Quand j’ai commencé le théâtre, il m’avait dit :

« Tu me donnes le goût d’en faire, mon ami. »

C’était ça, nous deux : une amitié tissée dans l’amour des arts, dans la vibration du sensible. C’était notre langage commun.


Je l’ai rencontré au début des années 2000. Une amie nous avait mis en contact — à l’époque, je cherchais un claviériste. On a connecté tout de suite. Mais, comme c’est souvent le cas, la vie avait d’autres plans. Nos horaires ne cadraient pas, nos projets ne pouvaient s’unir. Mais on a gardé contact. Toujours.


Dan et moi, on était deux estropiés de la vie. On n’avait pas eu la route facile.
Et malgré la douleur, on savourait chaque matin. Chaque souffle était un remerciement.
Chaque instant, un cadeau.

Ce qui m’a le plus frappé chez lui dès le départ, c’était son authenticité, sa sensibilité immense, son écoute infinie.

Dan aimait entendre les histoires des autres. Il s’en nourrissait. Il s’en inspirait.


Professeur à la retraite, pianiste et compositeur d’un talent rare,
il était aussi d’une grande humilité.

Comme beaucoup d’artistes, il doutait sans cesse. Mais j’étais là pour le rassurer.
Et lui pour moi. On se motivait mutuellement, on dissipait les brumes de nos projets respectifs, on se donnait du souffle.


Il ne cachait pas ses faiblesses. Il les partageait, pour aider les autres à traverser les leurs.
Sans masque. Avec sincérité. Avec lumière.

Sa vie était pleine de cicatrices, et c’était là, justement, la beauté de sa personne.

J’ai rarement rencontré un être aussi ouvert d’esprit, aussi exempt de jugement.
Il s’animait dans la diversité. C’était un homme brillant, curieux, chaleureux.


Il aimait sa famille profondément. Sa fille Claude, son petit-fils qu’il appelait tendrement Monsieur-vous, son gendre. Il en parlait avec fierté, avec une flamme dans les yeux.
Je lui disais souvent à quel point c’était touchant à voir.


Dan avait aussi cette crainte constante de déranger. Il s’excusait tout le temps…
Et ça me faisait rire, tendrement. Il était humble, généreux, attentif. Le genre d’ami qu’on peut appeler en pleine nuit, sans gêne.

Il me disait souvent :

« La nuit, je dors pas de toute façon. »

Il pouvait rire aux éclats… Et pleurer, l’instant d’après.


C’est grâce à lui que j’ai osé créer un blogue. J’avais peur de publier mes textes.
Et lui, il m’a encouragé, soutenu, propulsé.

Il me disait :

« Laisse aller… On n’est jamais totalement satisfait de ce qu’on écrit de toute façon. »

Il avait raison.
On vivait les mêmes doutes, les mêmes tremblements.


On avait aussi une passion commune : Chloé Sainte-Marie. On l’a vue en spectacle à Longueuil, ensemble. Il connaissait bien ses musiciens — c’étaient ses amis.
Il était fier de me les présenter. Et ce soir-là, on a pris le temps de discuter avec Cloé.

« Une maudite belle soirée », comme il avait dit.


Je suis privilégié d’avoir connu Dan. D’avoir partagé un bout de sa vie.

Il était toujours là dans mes tempêtes. Discret, mais solide. Présent.
Il combattait chaque jour pour ne pas sombrer. Un funambule, avançant sur un fil tendu entre ombre et lumière. Je ne l’ai jamais entendu se plaindre.


À la fin de chaque conversation, il me disait :

« Je t’aime, mon ami. »

Sa sensibilité était bouleversante. Profonde. Rares sont les hommes qui osent être aussi tendres dans l’amitié.


Bientôt, une grande épreuve m’attend. Et je sais qu’il sera là, d’une façon ou d’une autre.
On en avait parlé. Il m’aidera. J’en suis convaincu.


Dan, mon complice de vie, mon frère de cœur, tu restes à jamais mon grand ami.
Je t’aime. Et je ne t’oublierai jamais.

Comme je te disais toujours :

« Poutttt poutttt mon Dan ! »

Savoir demander

Non, mais ! Est-ce que vous trouvez ça difficile de demander ? Êtes-vous comme moi ?

Moi, je vous le dis franchement : oui. Et je suis convaincu que cette difficulté est liée à mon histoire, à mon enfance, à mon parcours. C’est ancré. C’est là depuis longtemps.
Et même si j’y travaille sans relâche, ça ne devient pas toujours plus facile.


Je parle ici de mon expérience, je ne généralise pas. Mais souvent, la peur de demander vient d’un manque de confiance en soi. D’une crainte plus vaste. Pourtant, dans la vie, je suis quelqu’un de généreux. J’aime aider. J’aime offrir de mon temps, de mon cœur, de mon écoute. C’est même devenu mon métier — infirmier, puis coach professionnel.
Je donne sans compter.

Mais… cordonnier mal chaussé ? Oh que oui. Et c’est correct. Parce que ça se travaille.
C’est ça, l’évolution : s’améliorer, encore et encore.

Nous sommes tous en travaux, tous des maisons en rénovation. On repeint, on retape, on réorganise en fonction de notre croissance, de nos passages, de nos transformations.


Mais par où commencer ?

Par le début, oui… mais surtout par soi. Et pour cela, il faut une bonne dose de transparence. Sommes-nous capables d’être honnêtes avec nous-mêmes ? De nous regarder sans fard, sans détourner les yeux ? Pas toujours. Et c’est normal.

On a tendance à se protéger. À se cacher la vérité. Par réflexe. Par peur de souffrir. Mais on peut apprendre à faire autrement.


Demander… c’est aussi une question d’équilibre.

On entend souvent :

« Je ne demande pas la lune, juste ce qui me revient. »

Mais… c’est quoi exactement, ce qui nous revient ? Et là, les émotions s’en mêlent.
Et ça devient flou. Certains diront : « Moi j’ai pas de problème avec ça. » Et tant mieux ! Chacun a ses forces et ses zones plus sensibles.


Dans mon cas, demander, c’est tout un défi. Pour certains types de demandes, ça va.
Demander un conseil, par exemple : facile. J’ai un cercle de confiance solide. Je peux m’y appuyer.

Mais quand il s’agit de demander un coup de main matériel, là, ça se corse.
Et ce n’est même pas parce que j’ai peur de déranger.
J’ai une famille présente, des amis fidèles.

Non.
C’est que je vis à un rythme différent.

Ayant un handicap à une jambe, j’ai appris à fonctionner à ma façon. Je m’organise pour avoir le temps de faire les choses à mon rythme. Et ça me convient. Je ne suis pas malheureux.

J’ai simplement appris à vivre dans un monde qui va vite, avec mes propres outils.


Mais soyons encore plus honnêtes…

Quand une demande sort de mon univers personnel, quand elle touche à mon vécu intérieur, c’est une autre histoire.

Comme infirmier, par exemple, jamais je n’aurais demandé de l’aide si une tâche m’était pénible à cause de ma jambe. Jamais je n’aurais accepté qu’un collègue le fasse pour moi. Je voulais prouver que j’étais capable. Aussi bon que les autres.

Mais j’avais tort.
Aujourd’hui, je le sais.

La peur de demander, dans ce cas, était un refus d’admettre mes limites. Un manque de confiance. Un excès d’orgueil. Et une absence de bienveillance envers moi-même.

Peut-être qu’en acceptant mes limites, on aurait trouvé des solutions ensemble.
Des façons de travailler autrement, sans me blesser.


Dans la vie, il faut apprendre à s’outiller. Et le premier outil, c’est le respect de soi.

Demander de l’aide ne nous rend pas moins bons, moins compétents.
Au contraire : c’est une marque de maturité émotionnelle.

C’est reconnaître qu’on est humain, qu’on a besoin des autres, et que l’échange fait partie du processus de croissance.


Après le respect de soi… il y a l’égo.

Cet empêcheur de demander.
Celui qui nous murmure :

« Tu vas avoir l’air faible. »
« Les autres vont penser que tu n’es pas à la hauteur. »

Et pour éviter ça, on garde tout pour soi. On souffre en silence.
Et on passe à côté de belles opportunités de connexion humaine.


Quand on a confiance en soi, qu’on se respecte, qu’on reste fidèle à qui on est…

Alors on devient plus solide. Plus vrai.


Demander, ce n’est pas un aveu de faiblesse. C’est une preuve de force.

Mais il faut pratiquer. L’équilibre dans les demandes, ça se développe avec le temps.

Je l’ai compris vite.
Mais le mettre en pratique, c’est une autre paire de manches.


Alors voilà.
C’est ma réflexion.
Mon expérience.
Et je vous la partage, parce qu’on grandit ensemble.

Et vous ?
Comment vivez-vous cela ?
Est-ce que c’est difficile pour vous de demander ?

J’ai hâte de vous lire.

Accepter ses faiblesses

Le pouvoir de l’acceptation de ses faiblesses

Je ne crois pas que reconnaître ses faiblesses soit un manque de volonté.
Pendant des années, pourtant, je les ai redoutées. Je les ai fuies au lieu de les observer, de les comprendre. Et pourtant, faire face à ses fragilités, c’est une marque d’intelligence, de conscience, de courage.

Car soyons honnêtes : qui se connaît vraiment ?
Qui prend vraiment le temps de s’écouter ?
Nous courons dans des vies trop remplies.
On se tue à la tâche, on tente de se réaliser dans le couple, dans la carrière…
Et quand tout craque, on se sépare, on s’épuise, on s’écroule… puis on recommence.

Entre deux burnouts, on se paie une semaine dans le Sud, vite fait. On recharge, puis on replonge. Ce cycle me tue à petit feu. Mais avec le temps, j’ai appris à transformer ces pauses en véritables respirations. J’y ai intégré la musique, l’écriture, la lecture… Et avec ça, j’vous le dis : amenez en, des Cayo Coco.


Je suis convaincu d’une chose : l’humain n’est pas fait pour la monotonie.
On a besoin de se réaliser, de créer, de vibrer.

À dix ans, j’ai été confronté à une épreuve majeure : un accident qui a bouleversé ma vie.
C’est à ce moment-là que j’ai compris que les marathons quotidiens, ce n’était pas pour moi. J’ai traversé une succession de traitements — ergothérapie, physiothérapie, prothèses — et chaque jour, je faisais face à une routine imposée.

Mais dans cette solitude, j’ai trouvé un moyen de m’évader : l’écriture. D’abord des récits de mes journées, puis des poèmes, puis des chansons. C’était une inspiration naissante, une lumière que je ne voulais surtout pas éteindre.


L’écriture est devenue mon antidote à la répétition. C’était ma bulle, mon échappatoire, mon refuge. À dix ans, seul dans un environnement dominé par l’effort et la douleur, j’ai appris à pallier la souffrance par la création.

Et je veux ici ouvrir une parenthèse pour parler de ces jeunes, comme moi à l’époque, qui souffrent physiquement et psychologiquement. Ils sont lucides. Ils comprennent.
L’anxiété, même à dix ans, peut brûler comme une flamme au creux du plexus.
Et pour survivre, on développe des mécanismes de défense. On s’éveille. On s’affranchit.


La personne que je suis aujourd’hui est faite de tout cela. Et c’est pourquoi je ne peux accepter une vie figée dans la routine.

La monotonie nous hypnotise. Elle endort notre conscience. C’est vital d’apprendre à se connaître. Mais le faites-vous vraiment ? Êtes-vous capable de nommer vos forces, vos faiblesses ? Posez-vous la question.


Je remarque, avec espoir, que notre société évolue. On mange mieux. On prend soin de notre corps. On parle d’écologie, de santé mentale. Mais il reste un grand chantier : celui de notre monde intérieur.

On tente de conquérir le monde extérieur… sans même connaître le nôtre. Et pourtant, se découvrir, ce n’est pas si compliqué : Commencez par de petits pas. Remplacez deux téléromans par une soirée pour vous. Programmez du temps pour penser, respirer, écrire, rêver.


Je vais vous faire une confidence : au début, c’est terrifiant d’être seul avec soi-même.
Quand on sort d’une longue vie de couple, on ressent un vertige. On étouffe. On a peur.

J’ai vécu ça. Et j’ai réalisé que je ne me connaissais pas. Mais la fois suivante, j’étais mieux préparé. J’avais cheminé. J’étais devenu mon amoureux, mon ami, parce que j’avais appris à m’aimer, parce que j’avais appris à apprécier ma propre compagnie. C’était imparfait, mais j’étais en mouvement, sur le chemin de ma propre conquête.


Regardez-vous dans le miroir. Sérieusement.
Tenez le regard. Posez-vous des questions.
Vous allez voir que la réponse n’est pas toujours tendre.
Et souvent, on réalise… qu’on ne s’aime pas.

Pourquoi ?
Parce qu’on cache nos douleurs sous le tapis. On préfère oublier plutôt que soigner.
Parce que tout va trop vite, et qu’on n’a plus le temps de prendre le temps.


Moi, je parle de ce que je connais. Je ne prétends pas détenir la vérité.
Mais j’ai une chose à vous dire : c’est possible de changer.

Après plusieurs semaines à apprendre à vous connaître, retournez devant le miroir.
Vous verrez : quelque chose a bougé. Vous serez plus solide.


Voudriez-vous vivre en couple avec une personne que vous ne connaissez pas ?
Alors imaginez être enfermé à l’intérieur de vous-même, sans vous connaître…

La vie n’est pas une fête constante. C’est l’équilibre qui crée la richesse.
Et apprendre à se connaître fait intégralement partie de cet équilibre.


Couper la routine m’a sauvé.
Accepter mes faiblesses m’a transformé.

On dit que la routine tue le couple — c’est vrai.
Mais ne pas prendre soin de soi est la pire des négligences.


Pourquoi est-ce si dur d’admettre qu’on est faible parfois ?
À cause de l’égo. Cet orgueil qui nous fait croire qu’on peut tout.
Mais l’égo déforme, exagère, empêche l’humilité.

Et l’humilité… c’est la clé.


Quand j’ai arrêté de fumer dans les années 90, j’ai d’abord accepté que la cigarette était plus forte que moi. Ce n’est qu’à partir de là que j’ai pu mettre en place une stratégie.
Ce n’était pas de la faiblesse. C’était de l’acceptation lucide.
Et ça… c’est de la force.


L’égo nous empêche souvent de demander de l’aide.
Il nous pousse à jouer un rôle.
Mais la vraie victoire, ce n’est pas de paraître fort.
C’est de reconnaître nos limites et d’agir avec clarté.

Chez les AA, ils l’ont bien compris : le jour où tu admets ton impuissance face à une dépendance, tu viens de faire un pas immense. La volonté, la vraie, commence par là.


Un de mes oncles m’a dit un jour :

« Sois toujours certain de ta source avant d’ouvrir la bouche. Ta parole est le reflet de ta conscience. Dire des balivernes te discrédite. »

Il avait raison.
J’ai mis du temps à le comprendre.
Et je m’excuse auprès de ceux qui, à une époque, ont dû m’écouter faire semblant, juste pour bien paraître.


Aujourd’hui, j’ai perdu des combats. J’en ai gagné aussi. Mais tous m’ont laissé des traces. Et ces traces, c’est ce qu’on appelle de l’expérience. Et l’expérience, elle mène à la conscience.


Je suis un homme intense. Un chercheur de vérité. Curieux. Rempli d’amour.
Et j’aime échanger, parce que je crois qu’on apprend ensemble.


Dans un monde idéal, je me connecterais à mon corps subtil. Je ressentirais la vie au-delà de la mienne. Et dans ce silence, je goûterais la paix. La douleur physique s’effacerait. Et je sentirais que tout, absolument tout, a un sens.


Tout commence par la prise de conscience. Puis la vibration intérieure.
Le cheminement devient instantané. Il n’y a plus besoin de penser, juste d’être.

L’égo n’existe pas dans la conscience.
Mais il règne sur notre mental inférieur.

Alors si vous avez un combat à mener… Utilisez votre mental supérieur.
Faites de la place à la conscience. Et gagnez.

Tout commence par l’acceptation de nos faiblesses.
Ce n’est pas une défaite. C’est un acte de grandeur.


Et vous ? Êtes-vous prêt à vous voir tel que vous êtes — cicatrices, bourrelets, écorchures et tout — mais aussi avec vos forces ? Vos beautés ? Votre lumière ?

Regardez-vous dans le miroir.

C’est un bon début.

Mon automne

L’automne est-il, pour vous aussi, un aboutissement ? Une rencontre intime avec soi-même ?

Pour ma part, j’ai parfois l’impression d’y changer de peau.
Dès que je respire sa présence, quelque chose en moi se transforme.

La beauté de notre fuseau horaire, c’est qu’il nous offre quatre saisons aussi distinctes que précieuses. Elles nous sculptent, année après année, comme des artistes patients.
Et chaque transition saisonnière nous entraîne dans un nouvel exercice d’adaptation.
C’est exigeant parfois, mais ça nous fortifie, n’est-ce pas ?


Grâce à l’été, ses vendanges et ses récoltes, nous pouvons goûter à sa générosité pendant toute l’année. On aime son arrivée, on l’attend. À chaque fois, c’est comme un baptême de lumière, une célébration de l’authenticité.

Aujourd’hui, on s’arrête pour accueillir l’automne. On l’écoute. Son odeur taquine nos narines — oui, il sent bon. On aime son souffle frais sur la peau, son goût d’air pur, sa manière d’habiller le paysage.


Comme lui, on laisse tomber certains vêtements. Nos émotions aussi s’allègent, s’éteignent doucement. Et dans ce dépouillement naît une forme de liberté affective.
Une légèreté de l’âme.

Il bénit la terre de ses pluies nourricières. Et parfois, on a envie de le remercier, de lui dire à quel point on vénère ces instants suspendus, ces ondées bienfaitrices.


Certains, bien sûr, le jugent plus sévèrement : par son manque de lumière, ses nuits froides, ses déluges, ou encore ses journées ternes.

Mais se laisser vibrer sous sa fraîcheur, c’est accueillir une autre forme de beauté.
Ses vents, uniques, secrets, ont leur propre recette. Et lorsqu’il décide d’embraser une forêt entière, même les plus endurcis font des kilomètres pour s’en émerveiller.

Chaque année, on se surprend à être étonné… Et pourtant, ce moment revient, fidèle, comme un vieil ami qu’on retrouve toujours avec un soupçon de nouveauté.


Comme l’arbre qui laisse partir ses feuilles, nous aussi cessons parfois de nourrir certaines parts de nous devenues inaccessibles. Ce lâcher-prise nous allège, nous ouvre à la nouveauté.

On accueille ce vide comme un terrain fertile, et on lui organise inconsciemment une cérémonie intérieure — une sorte de rite d’hommage.

Et dans cette douce transition, on s’inspire. On pimente notre singularité, on la transforme en originalité, et pourquoi pas, on flirte même avec la marginalité.


Merci, mon bel automne, pour ton intensité majestueuse. Je me reconnais en toi.

Chaque fois que tu reviens sur ma route, je remercie le ciel pour ta pureté. Tes couleurs puissantes, comme tes journées monochromes, ont chacune leur vérité.

On t’aime parce que tu nous as appris — à force de leçons silencieuses — que rien ne meurt. Tout change. Tout se transforme. On s’adapte, oui… mais rien ne s’éteint vraiment.

Ton horloge est douce, ponctuelle, rassurante.
Et tu m’es désormais familière.

Faire ta rencontre chaque année,
c’est un cadeau que je reçois les bras et le cœur grands ouverts.

La colère

Parfois, c’est vrai, c’est agaçant.
Agaçant de se faire dire quoi faire.
Qu’il faut respecter ses limites.
Qu’on grandit avec les épreuves.
Qu’il faut rester positif.
Vivre dans le moment présent, toujours.

Et pourtant… parfois, on a juste besoin d’exister, sans pression de performance.
Sans devoir être toujours plus fort, plus résilient, plus lumineux.

Ça aussi, ça fait partie de l’équilibre.

Exprimer sa colère, sa tristesse, sa lassitude — ça ne fait pas de nous de mauvaises personnes. Pleurer, avoir mal, se replier un peu : c’est humain. Nous avons la responsabilité de nous offrir ces soupapes. De ventiler. De laisser sortir la pression.


Aujourd’hui, j’écoute mon cœur.

Quand il est triste, je le console.
Quand il est joyeux, je le nourris.
Quand il a froid, je l’enveloppe de douceur.
Je reste à l’écoute de ce qui se passe au-dedans, afin de m’apporter ce dont j’ai besoin.

Quand la frustration monte, je me donne la permission de l’exprimer.

J’ai compris que le mal-être fait partie du chemin. Et qu’il est passager.

Maintenant, je peux dire à mes proches que ça ne va pas, sans me sentir coupable.
Parce que je me respecte. Parce que je sais que je n’ai rien à prouver.


S’il n’y avait pas d’épreuves, nous ne connaîtrions jamais le goût de la satisfaction.
Nous sommes humains. Et en tant qu’humains, nous avons le droit de dire :

« Aujourd’hui, je ne me sens pas bien. »
« Je ne veux voir personne. »

C’est vital d’expulser l’énergie négative.
De la laisser s’en aller.
De l’évincer.


Aujourd’hui, je m’autorise la colère.
Pas l’agressivité — il y a une grande différence.

Je m’accorde le droit de vivre mes émotions sombres, sans les faire porter à ceux que j’aime. Car je sais qu’au bout du tunnel, le soleil finit toujours par revenir.

Et si, un jour, l’intensité devient trop grande, trop lourde à porter,
je prendrai les moyens nécessaires. J’irai chercher de l’aide.

Parce que je crois que la véritable force,
celle qui dure, celle qui construit,
se trouve dans l’acceptation de nos limites.