Nous sommes en avril.
Et si je devais mettre des mots sur mon état d’esprit… je dirais qu’il ressemble à un ciel chargé, traversé de percées de lumière.
Depuis le début du mois, j’ai la chance de marcher. Sans aide. Sans support. Juste moi… et le sol. Grâce à mon ostéointégration, un pas après l’autre, je redécouvre quelque chose que j’avais presque oublié : l’autonomie.
Et pourtant, malgré tout, un doute persiste.
Vous me direz… encore ?
Oui.
Parce qu’une partie de moi observe tout cela avec méfiance, comme si ce nouveau réel pouvait disparaître à tout moment. Comme si marcher à nouveau était un privilège trop fragile pour être cru.
Peut-être est-ce la peur de perdre ce que je viens à peine de retrouver. Une peur silencieuse… mais bien présente.
Et pourtant, en parallèle, quelque chose de puissant se construit. Je traverse ce que j’appellerais un marathon. Un marathon du corps. Un marathon de la reconstruction.
Ma jambe guérit. Elle s’adapte. Elle apprend. Elle accueille la charge, puis le mouvement… puis la vie.
C’est presque irréel.
On a allongé mon tibia, puis on y a ancré une tige, solide, profonde, jusqu’au genou. Un geste chirurgical… mais aussi un acte de confiance envers l’avenir. Et malgré tout ce que mon corps endure, elle, tient bon.
Parce que le vrai défi… n’est pas là. Le vrai défi est ailleurs. Dans ce territoire invisible qu’est le mental.
Je ne m’attendais pas à ça. Je ne m’attendais pas à ce que mon esprit avance plus lentement que mon corps. À ce décalage étrange… presque déroutant.
Mon corps, lui, proteste. Les muscles se réveillent, se plaignent, tirent, brûlent parfois. La douleur voyage de la cuisse au dos, jusqu’au cou… comme un rappel constant que tout change.
Mais pas ma jambe. Elle, étonnamment, reste calme. Presque silencieuse dans la tempête.
Aujourd’hui, je me relève. Pas complètement. Pas parfaitement. Mais suffisamment pour avancer.
La physiothérapie rythme mes semaines. Pas pour apprendre à marcher… mais pour apprendre à durer. Car le véritable défi n’est pas de faire quelques pas. C’est de continuer.
Bientôt, dans quelques semaines ou quelques mois, je reprendrai mes activités. Mais au-delà du travail… c’est la vie que je retrouve.
Marcher en ville. Faire une simple course. Ou me perdre volontairement dans un sentier, entouré de nature, respirer… et simplement être là. Des gestes simples. Presque banals pour certains. Mais pour moi, ils ont le poids d’un miracle.
Alors merci.
Merci d’avoir été là, à travers ce parcours hors norme. Vos mots ont porté plus loin que vous ne l’imaginez. Parce qu’au fond, une chose me paraît de plus en plus claire : on ne traverse rien seul.
Oui, il faut apprendre à être avec soi-même. À affronter, à comprendre, à tenir. Mais il arrive toujours un moment où la présence de l’autre devient essentielle. Un regard. Un mot. Une main tendue. Et là… quelque chose change.
On réalise qu’on avance ensemble. Qu’on tombe ensemble. Et qu’on se relève aussi… ensemble. Nous sommes tous sur le même navire. Celui de la vie, imprévisible, parfois brutal… mais profondément humain.
Alors oui, nous avons le droit d’être fatigués.
Découragés. Dépassés. Mais abandonner… non.
Parce que même dans les épreuves les plus lourdes, il existe des êtres qui continuent. Et leur courage éclaire le chemin des autres.
Encouragez. Soutenez. Soyez présents.
Vous ne mesurez pas toujours l’impact de vos gestes… mais il est immense.
J’aime les humains. Malgré leurs failles. Malgré leurs tempêtes. Peut-être même à cause de ça.
Et je vous aime.
Soyons patients avec ceux qui souffrent. La douleur transforme. Elle déborde parfois. Et dans ces moments-là, nous ne sommes pas toujours à la hauteur de nous-mêmes.
Depuis des années, je me suis retiré. Éloigné. Silencieux. J’ai décliné des invitations, fermé des portes… pour me réfugier dans un espace plus petit, mais plus sécurisant.
Ma maison. Mon amour. Mes chiens. Comme un oiseau blessé, j’avais besoin de mon nid.
Aujourd’hui, j’en sors lentement.
Je vous embrasse.
Et peut-être qu’un jour prochain, nos chemins se croiseront. Ici, à travers les mots… ou ailleurs, autour d’un café, d’un repas, ou d’une marche au cœur du vivant.
Profitez de la vie. Elle est fragile. Et elle est magnifique.
Xx
P.S. De beaux projets artistiques prennent forme en ce moment. J’ai très hâte de pouvoir vous en parler.

Voici ma radiographie. On peut voir que ma tige est branchée à ma prothèse.








