Temps aux brisures d’enfance deuxième partie,

Incident dans le temps…

J’aimerais vous inviter dans mon intimité. Le bout de chemin que nous ferons ensemble ici est senti, réfléchi. Je vous livre mon histoire avec amour, pour que vous puissiez ressentir mes ombres comme mes lumières. En cette journée d’avril 1981, une fracture s’est produite dans le temps. J’entrais dans ma première grande épreuve initiatique — violente, brutale. Une période de grisaille qui allait transformer à jamais le petit garçon que j’étais. Voici le récit tragique d’une série de tribulations.

J’ai 10 ans. Nous sommes le 23 avril 1981. Il est 11 h 30. La cloche de l’école vient de sonner, je suis en route pour aller dîner à la maison. Le temps est doux, c’est le printemps. Il y a une certaine électricité dans l’air. Moi et mes amis aimons jouer à la tague — vous connaissez ? — en allant et revenant de l’école.

J’étais loin d’imaginer que ma vie allait basculer.

Il est 11 h 40. Nous sommes à cinq minutes de la maison… à trente secondes de l’impact. Un ami me donne la tague. Je traverse la rue. Je jette un coup d’œil rapide. J’entends des crissements de pneus. Et je sais. D’instinct, je sens que ma vie est en danger. Tout se passe en une fraction de seconde.

Je cours de toutes mes forces. Ma jambe gauche propulse mon corps, tandis que la droite reste à l’arrière. À cet instant précis, une moto percute ma jambe droite, la coinçant entre la roue et la fourche. La moto dérape. Mon corps est projeté dans les airs, virevoltant deux ou trois fois — selon les témoins — avant de heurter le sol avec fracas.

Je suis parcouru par un courant électrique foudroyant. Une douleur atroce me paralyse. Je suis à l’agonie.

Je tente de lever la tête, de me redresser, et mes yeux croisent ceux de mon ami. Il me regarde, figé, le visage déformé par l’horreur. Il crie, j’en suis certain, mais je n’entends rien. Le son est coupé, comme dans un film au ralenti. En baissant les yeux, je vois ma jambe étirée anormalement, presque deux fois sa longueur. Mes chaussures ont disparu. Il y a du sang. Beaucoup de sang.

Une brûlure me déchire, si intense que j’ai la sensation que ma jambe est littéralement en feu, comme si elle fusionnait avec l’asphalte. Le sang et la chair jaillissent à travers mon pantalon et mes chaussettes. Je comprends que c’est grave. Très grave.

Le son revient peu à peu. J’essaie de parler, mais ma voix est lente, ralentie, comme étouffée par la douleur. J’arrive à demander de l’aide.

Un homme arrive à mes côtés — c’est le facteur. Il glisse son sac de courrier sous ma tête pour me soutenir. Un autre homme, un résident du quartier, vient à son tour m’aider et m’empêche de regarder ma jambe. Tout autour, les gens s’attroupent. Un autobus scolaire s’arrête. Des visages. Du monde. Je me sens étouffé.

Les ambulanciers arrivent enfin. Ils transportent une plaque de métal d’un mètre, sur laquelle ils déposeront ma jambe. Ils soulèvent ensuite l’ensemble pour m’installer sur la civière. Ma jambe ne tient plus que par un lambeau de peau. La douleur est telle que je hurle, incapable de me contenir. Je perds la notion du temps… sans jamais perdre conscience.

Dans l’ambulance, je parle avec les ambulanciers. Oui, malgré la souffrance. J’avais besoin de parler. Ça me rassurait. Je leur posais des questions sur les équipements autour de moi — comme pour détourner mon attention. C’est fou, hein ?

Rendu à l’urgence, on m’installe seul dans une salle. Par une petite fenêtre dans la porte, je vois les gens passer. Mon frère regarde à l’intérieur. Son visage se crispe. Il a vu. Puis une infirmière entre, ciseaux en main. Elle doit couper mes vêtements pour accéder à ma jambe. Je la supplie de me donner quelque chose pour soulager la douleur. C’est un cri de détresse. Ce n’est plus une simple demande. La souffrance est inhumaine, comme si elle venait directement de l’enfer. Elle m’injecte un calmant. Je m’endors.

À mon réveil…

N’hésitez pas à m’écrire en privé si vous préférez, à alainayers@hotmail.com

Laisser un commentaire