L’automne est-il, pour vous aussi, un aboutissement ? Une rencontre intime avec soi-même ?
Pour ma part, j’ai parfois l’impression d’y changer de peau.
Dès que je respire sa présence, quelque chose en moi se transforme.
La beauté de notre fuseau horaire, c’est qu’il nous offre quatre saisons aussi distinctes que précieuses. Elles nous sculptent, année après année, comme des artistes patients.
Et chaque transition saisonnière nous entraîne dans un nouvel exercice d’adaptation.
C’est exigeant parfois, mais ça nous fortifie, n’est-ce pas ?
Grâce à l’été, ses vendanges et ses récoltes, nous pouvons goûter à sa générosité pendant toute l’année. On aime son arrivée, on l’attend. À chaque fois, c’est comme un baptême de lumière, une célébration de l’authenticité.
Aujourd’hui, on s’arrête pour accueillir l’automne. On l’écoute. Son odeur taquine nos narines — oui, il sent bon. On aime son souffle frais sur la peau, son goût d’air pur, sa manière d’habiller le paysage.
Comme lui, on laisse tomber certains vêtements. Nos émotions aussi s’allègent, s’éteignent doucement. Et dans ce dépouillement naît une forme de liberté affective.
Une légèreté de l’âme.
Il bénit la terre de ses pluies nourricières. Et parfois, on a envie de le remercier, de lui dire à quel point on vénère ces instants suspendus, ces ondées bienfaitrices.
Certains, bien sûr, le jugent plus sévèrement : par son manque de lumière, ses nuits froides, ses déluges, ou encore ses journées ternes.
Mais se laisser vibrer sous sa fraîcheur, c’est accueillir une autre forme de beauté.
Ses vents, uniques, secrets, ont leur propre recette. Et lorsqu’il décide d’embraser une forêt entière, même les plus endurcis font des kilomètres pour s’en émerveiller.
Chaque année, on se surprend à être étonné… Et pourtant, ce moment revient, fidèle, comme un vieil ami qu’on retrouve toujours avec un soupçon de nouveauté.
Comme l’arbre qui laisse partir ses feuilles, nous aussi cessons parfois de nourrir certaines parts de nous devenues inaccessibles. Ce lâcher-prise nous allège, nous ouvre à la nouveauté.
On accueille ce vide comme un terrain fertile, et on lui organise inconsciemment une cérémonie intérieure — une sorte de rite d’hommage.
Et dans cette douce transition, on s’inspire. On pimente notre singularité, on la transforme en originalité, et pourquoi pas, on flirte même avec la marginalité.
Merci, mon bel automne, pour ton intensité majestueuse. Je me reconnais en toi.
Chaque fois que tu reviens sur ma route, je remercie le ciel pour ta pureté. Tes couleurs puissantes, comme tes journées monochromes, ont chacune leur vérité.
On t’aime parce que tu nous as appris — à force de leçons silencieuses — que rien ne meurt. Tout change. Tout se transforme. On s’adapte, oui… mais rien ne s’éteint vraiment.
Ton horloge est douce, ponctuelle, rassurante.
Et tu m’es désormais familière.
Faire ta rencontre chaque année,
c’est un cadeau que je reçois les bras et le cœur grands ouverts.
